L’Hypokhâgne : démystification de la CPGE littéraire

Dear reader, 

Aujourd’hui, retour au français pour vous parler “études”. Sur Internet, on trouve un certain nombre d’articles et de vidéos publiés par des étudiants en fac, mais peu par des étudiants en classe préparatoire. En tout cas, lorsque j’ai opté pour l’Hypokhâgne (Hypokhâgne/Khâgne sont les noms donnés aux deux années que comporte une prépa – ou CPGE –  littéraire) en 2017, je n’avais trouvé qu’une seule et unique vidéo.

Tout d’abord, revenons rapidement sur mon parcours : j’ai obtenu mon baccalauréat littéraire en 2017, puis direction le lycée Carnot de Dijon pour une prépa littéraire (pour ceux qui l’ignoreraient, une prépa se fait en deux – ou trois – ans et permet de passer les concours des “grandes écoles”.) que j’ai quittée quatre mois plus tard en réalisant que je m’étais, comme nombre d’étudiants, orientée dans la mauvaise direction. En janvier, j’intégrais ma première année de licence d’anglais, et j’étais ravie. Vais-je donc, par conséquent, critiquer la classe d’Hypokhâgne en long, en large et en travers? Certainement pas. J’ai appris énormément en quelques mois et suis très heureuse d’avoir fait ce choix. Cependant, afin de vous aider à ne pas foncer tête baissée dans une voie trop souvent diabolisée ou, au contraire, embellie, je vais étudier avec vous les mythes les plus communs intrinsèquement liés à la prépa littéraire.


Les points négatifs

Faire le choix de l’indécision: le mythe de la “voie royale”.

Ce fut mon choix, et il peut être aussi positif que négatif. Lorsque l’on obtient de bons résultats, il est courant que nos professeurs tentent de nous orienter vers une classe préparatoire. Alors indécis, nombreux sont ceux qui se laissent tenter par l’argument suivant : “En allant en prépa, tu ne te fermes aucun porte.”, “La prépa, c’est la voie royale.”

En effet, le caractère pluridisciplinaire de la formation permet d’intégrer une majorité de licences par la suite (car, première réalité, tout le monde n’intègre pas les prestigieuses écoles type Ecole des Chartes ou ENS) et vous permet donc de ne pas choisir immédiatement vers quelle matière vous orienter pour les années à venir.

Je vois cependant deux inconvénients potentiels à ce choix : le premier est que toutes les licences ne sont pas disponibles en équivalence contrairement à ce que l’on vous dit. Le deuxième est que, même lorsque vous êtes acceptés en équivalence, vous pouvez avoir des lacunes et vos crédits ECTS (“crédits” obtenus à la fin de chaque année universitaire attestant de vos compétences dans les diverses disciplines étudiées) peuvent vous être refusés.

Par conséquent, je pense qu’un indécis qui aime toutes les disciplines et ne désire pas se limiter à un grand champ disciplinaire peut s’épanouir en Hypokhâgne, mais qu’un élève qui, comme moi, fait ce choix pour ne se “fermer aucune porte” prend le risques de ne pas se sentir “à sa place”.

Le mythe de l’excellence et le dénigrement d’autrui

En classe préparatoire, l’un de mes professeurs critiquait souvent la faculté, disant que les élèves étaient fainéants et ne “réussiraient rien de leur vie”. Pour ma part, je détestais cette mentalité qu’il inculquait aux élèves et à laquelle certains d’entre eux commençaient dangereusement à adhérer. Aujourd’hui en troisième année de licence, je sais à quel point il avait tort. A l’université, les élèves travaillent tout aussi dur qu’en classe préparatoire, ils nourrissent simplement des attentes différentes et étudient des disciplines différentes qui sont en accord avec leurs centres d’intérêt. La première idée préconçue disparaît : en fac, les élèves sont sérieux ou, du moins, ne le sont pas moins que les élèves de prépa par essence.

La validation des crédits ECTS et le dur retour à la réalité

Après avoir réalisé que l’hypokhâgne était “la voie royale” pour certains mais une erreur pour moi et suite au constat fort rassurant qu’en fac, le travail était essentiel à la réussite,  un réalisation bien moins agréable m’a durement frappée : les équivalences donnés par votre prépa ne sont pas nécessairement acceptées par votre fac.

Petit retour en arrière : j’ai quitté la prépa en décembre et j’intégrais en janvier ma première année de licence (L1) après avoir vu mes crédits ECTS être validés par le conseil de classe de l’Hypokhâgne. Comme j’étais rassurée! Mon bonheur fut de courte durée : suite à une convocation au secrétariat, j’ai appris que ma fac n’était pas de cet avis… et j’ai rapidement compris pourquoi. Me professeurs ont eu la gentillesse de m’expliquer : j’avais tout simplement trop de lacunes. Il est vrai que j’avais appris énormément en Hypokhâgne, mais je n’avais qu’une maigre culture littéraire du monde anglophone, et que dire de ma culture historique! J’ai donc passé au rattrapage certaines épreuves, bien que j’ai validé mes crédits ECTS aux yeux du lycée Carnot.

Certains d’entre vous pourraient penser que j’ai eu ce problème en raison de mon changement d’orientation au beau milieu d’un année scolaire. J’aimerais que ce soit le cas mais, après en avoir discuté avec certains de mes anciens camarades, j’ai appris que c’était en réalité chose courante et que cela ne valait pas que pour l’anglais. Par conséquent, si vous savez déjà que vous risquez de vous réorienter à l’université après votre prépa, il peut être judicieux de considérer l’université comme premier choix.

Les points positifs

L’excellence de la “méthode”

Avant d’entrer en prépa, on m’a souvent dit “là-bas, tu apprendras la méthode”. J’avoue que je ne comprenais pas : à mes yeux, la “méthode” était accessoire et les connaissances essentielles. Mon avis a bien changé! Non, je ne pense pas que les connaissances soient accessoires, mais je pense que la méthode est plus importante encore. La méthode est ce qui permet de rendre un travail structuré et compréhensible, c’est grâce à la méthode que vous pouvez faire comprendre vos pensées à un tiers en les structurant.

En Hypokhâgne, j’ai appris la “méthode”, ma “méthode”. En Hypokhâgne, j’ai appris à apprendre. En Hypokhâgne, j’ai trouvé mes “codes couleur”, j’ai compris comment organiser mes citations d’auteurs ou encore mon répertoire d’allemand. C’est l’Hypokhâgne qui m’a appris à travailler. Oh, je n’ai rien retenu de mes cours d’histoire (ou presque, n’exagérons rien), mais désormais, je sais apprendre (et retenir pour de bon!) n’importe quel cour d’histoire qui me passionne.

La compétition

“En Hypokhâgne, personne n’aime personne.” Oui, et non. Il est vrai que certains étaient heureux de nous voir partir, ma quatrième position dans le classement (oui oui, il y a bel et bien un classement) et moi. Cependant, la prépa est un parcours difficile et la difficulté ne fait pas que diviser, elle créée aussi des liens. Pour ma part, j’ai eu la chance de rencontrer une très bonne amie en Hypokhâgne, avec qui j’enchaînais les study sessions et les crises de larmes. La difficulté a pour propriété d’intensifier les relations humaines et je pense qu’il est plus simple de faire des amis dans les filières dites d’ “excellence” que dans une immense université emplie d’inconnus.

L’apprentissage… sur soi-même

Enfin, et ce point est peut-être le plus important à mes yeux, la CPGE vous apprendra à vous connaître. Je ne connais personne qui soit allé en cours avec moi et qui n’ai pas appris à se connaître. C’est une fois poussés dans nos retranchements que nous apprenons réellement qui nous sommes; la difficulté solidifie des amitiés, mais surtout et avant tout, elle vous force à faire preuve d’honnêteté… envers vous-mêmes.

En CPGE, j’ai découvert, non pas qui je voulais être, mais qui je ne voulais surtout pas être : une jeune femme riche mais malheureuse. Qu’est-ce que l’argent vient faire là? Et bien les filières d’excellence mènent aux carrières d’excellence et ces carrières à des comptes en banque “excellents”. Pour ma part, j’ai compris que je ne me plairais jamais dans la compétition permanente. J’ai compris que je désirais avant tout trouver un emploi au sein duquel je pourrais partager mon savoir, communiquer et faire preuve de douceur. La difficulté détruit toutes vos idées reçues et les rêves que le monde avait pour vous; en définitive, vous apprenez à faire connaissance avec vos propres rêves, et votre avenir.


Vous l’aurez sans doute compris, je porte un regard fort mitigé sur l’Hypokhâgne. Deux ans après ma réorientation, je pense avoir dépassé le stade de l’amertume et être en mesure de vous offrir un témoignage nuancé.

Pour résumer cet article simplement, je dirais que ceux d’entre vous qui se sentent totalement indécis et son sincèrement intéressés par toutes les disciplines devraient foncer. Je pense également que ceux qui rêvent de l’une des Grandes Ecoles proposées devraient se jeter à l’eau.

Cependant, ceux d’entre vous qui, comme moi, se disent “pourquoi pas” mais rêvent secrètement d’un parcours universitaires qu’il se refusent par peur de “regretter” devraient oser s’orienter en licence. En vérité, le naturel reprend toujours ses droits et, tôt ou tard, vous devrez faire face à vos choix : si vous avez la possibilité de faire ce qui vous plaît aujourd’hui, n’attendez pas deux ans pour vous lancer… pour être franche, je vous avoue même que je ne pense pas qu’il soit possible de passer deux ans en prépa si l’on rêve d’autre chose, on le sent immédiatement; votre coeur vous le dira.

Dans l’espoir de vous avoir aidé,

Taboulot Camille

 

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